NPNT#6 – Un Buley dans la marre

le

Résumé de l’épisode précédent : trop sec, trop chaud, pas assez d’eau pour le Croc’. Voilà la conclusion de notre duo de choc après leur escapade dans l’ouest. Il faut donc remonter plus au nord, dans le parc national de Litchfield, pour trouver encore quelques traces d’humidité en cette saison sèche qui commence. Mais pour y parvenir, il reste un petit détail à régler…


50km… 35km… 10km… Pine Creek se rapproche. Lentement. Trop lentement. L’aiguille du compteur d’essence semble bien pressée d’arriver au bout tout d’un coup. A priori, ça devrait le faire, on voit déjà notre escale à l’horizon.

Mais c’était sans compter sur la fourberie de ces damnés perroquets… Non contents d’avoir salopé la station-service, ils ont aussi trafiqué nos circuits électriques. Et malgré les 7 kilomètres d’autonomie restante affichés par la bagnole, impossible d’avancer plus loin. Trapped ! Nous voilà à l’arrêt, à seulement quelques pâtés de maison de la pompe à essence la plus proche, poussant laborieusement la voiture à la force de nos biceps. Une configuration digne d’un mauvais film comique…

C’est donc à pied qu’on va chercher un bidon d’essence au pakistanais du coin. Et pour trinquer avec notre tuture, on se prend une Ginger Beer qui aura à peine le temps de voir la lumière du jour.

Trêve de plaisanterie, on reprend la Stuart Highway qui file vers Litchfield. Faut plus qu’on perde de temps surtout qu’on sent que le bout du tunnel n’est plus très loin. L’instinct des membres de l’agence ne trompe jamais.

Cela se confirme avec le récit poignant de ces millions de termites, réfugiées politiques placées dans des forteresses étroites à l’entrée du parc : « Quand on a appris que le monstre arrivait dans les parages, on a dû tout quitter sans se retourner et on a reconstruit des abris de fortune où on pouvait. On était très inquiets pour notre reine».

Effectivement, ces termitières en 2D semblent bien fragiles. Devant tant de détresse on ne peut s’empêcher de sortir de notre réserve réglementaire et on leur touche un mot sur ces termitières géantes éparpillées sur l’ensemble du parc dans lesquelles elles pourraient crécher temporairement. On a discuté avec les proprios, ils sont d’accord.

Reprenons. Nous on veut de l’eau, de l’eau ! On se rappelle alors des cascades de Wangi dans lesquels on est intervenu une fois au début de notre carrière pour arrêter un trafic de Crocs, ces chaussures immondes mais tant convoitées. Une longue histoire qui nous a valu une belle promotion. Espérons que l’endroit nous porte à nouveau chance.

Sur place rien n’a changé. Le lac est toujours immense et les deux gerbes d’eau qui s’y jettent dessinent une tête de crocodile. Hmm serait-on épié ? On aimerait creuser la question mais le lac est rempli de touristes insouciants qui font leur brasse comme si de rien n’était. Trop de bruit, trop d’agitation : très clairement, c’est pas ici qu’on va capturer le croc.

On remonte alors le courant pour tendre un piège aux crocodiles en amont. En haut de la cascade on se pose deux minutes pour écouter les pierres parler, une vieille technique de l’agence enseignée aux meilleurs agents et qui a fait ses preuves à plusieurs reprises.

On ressent la présence du Croc, et la peur aussi. Les ondes de la rivière sont perturbées c’est évident. Il faut continuer à fouiller le parc. Il est là, il se terre quelque part.

On s’enfonce un peu plus, jusqu’à la crique de Walker. Beaucoup plus sauvage, beaucoup moins de monde. Ici, on devrait faire mouche. A pas de possum, on scrute lentement l’eau à la recherche de coquillards qui dépassent. Peine perdue. Enfin pas tout à fait. On a repéré un petit coin peinard pour roupiller cette nuit. Sous les étoiles, on réfléchit au futur poste qu’on nous proposera quand on ramènera le croc à l’agence, mort ou vif.

Dernière inspection le lendemain au lieu-dit de Buley Rockhole. A l’agence, on n’hésite pas à mouiller le maillot. Littéralement. Avec toutes ces piscines naturelles coincées dans la roche, ça fait une tripotée de cachettes possibles à inspecter. Nos lunettes de plongée sur le nez, on se sent comme un barramundi dans l’eau.

Et là, sans prévenir, on entend de lourds grognements. Des arbres s’agitent et les oiseaux s’envolent frénétiquement de toute part. C’est lui ! On le voit qui prend la poudre d’escampette. Branle-bas de combat ! On entame la course-poursuite à travers la rivière : une cascade, un trou d’eau, une autre cascade, un rocher à droite, un plongeon à gauche. On rattrape plusieurs gardes du corps par la queue et on les neutralise avec les fouets achetés à Mataranka. Utiles ces outils de Jackiroos !

La lutte dure depuis plusieurs heures et on se sent dépassé. Quand on arrête un croco il y en deux autres qui réapparaissent. C’est sans fin. Et dans l’action, voilà qu’un coup de poing au visage fait voltiger les lunettes de vue de l’agent A. qui tombent dans un des trous d’eau. Cinq mètres de profondeur au bas mot. Impossible de continuer dans ces conditions.

La galère… On commence les sessions plongées sans transition pour retrouver ces binocles. Mais avec le courant et le froid de l’eau c’est pas évident. On est au fond du trou et on retourne les pierres, passe la main sous le tronc d’arbres et scrute les endroits les plus sombres.

 

Ce n’est que le 4ème jour que, devant tant de misérabilisme, le dieu Goanna décide d’intervenir. Y’a un truc qui brille au fond ! Première plongée, sans succès. Deuxième essai, fond atteint mais on se rend compte que ce n’est qu’un maudit caillou un peu trop bling-bling. Dans un acte désespéré, on tente un troisième et dernier essai. Un rapide coup d’œil alentour histoire d’être sûr qu’il n’y a rien et, oh, miracle, elles sont là, bien tapies contre la paroi, quasiment invisible. Explosion de joie et vagues d’écumes au milieu de touristes qui se demandent ce qu’il se passe. On en oublierait presque que la cible nous a échappé.

C’était sans compter sur les réflexes de l’agent M. qui a réussi à injecter un micro-GPS sous une écaille du Croc. Petite vérif’ sur le détecteur ; bingo ça marche. Il remonte vers Berry Springs le vilain. Et en passant par la zone de conservation en plus. Aucun respect.

3 commentaires Ajoutez le votre

  1. Mom dit :

    J’espère que ces péripéties sont vraiment inventées! Les lunettes perdues ça me fait un peu flipper….la suite la suite

    1. A&M dit :

      Nous tenons à préciser que tout ce qui est raconté est 100% authentique. Seul l’enrobage à base de crocos est un peu romancé.

Laisser un commentaire